10 cm d’écart est un saisissement de l’ensemble des expériences traversées. Sorte de tableau vivant, un patchwork, invoquant l’ensemble du processus de « trois petits points »
Le point de vue comme partition à construire des utopies
Comment entendons, interprétons, investissons-nous une parole ? Quels sont ces moments concrets ou fantasmés quand nous l’écoutons? Est ce que les utopies surgissent et prennent existence au moment où nous recevons une information et que notre pensée élabore ses propres projections imaginatives…. ? Est ce que notre rapport sensible au monde ne commence-t-il pas par là ? Devenir l’autre nous déplace, nous change, nous transforme comme une porte d’entrée pour un développement et une construction en continu de soi.
« Je crois, que ce qui me fait vivre cette expérience en puissance est l'action d'aller à la rencontre, de prendre le risque de découvrir de nouveaux territoires de ma conscience par le sensible. Ce langage, à part entière, ne peut être que décrypté par la propre démarche de l'individu. Là où le temps se suspend et nous laisse entr’apercevoir la féerie de notre monde »
julien jeanne
Comment transmettre et densifier cette parole à d’autres et la remettre en jeu de multiples façons ?
Ce projet chorégraphique, tente, de se développer dans une porosité aux autres sphères artistiques, tels les arts plastiques et la création sonore. La démarche est d’explorer les rapports que nous entretenons les uns envers les autres et dévoile l’influence de nos rapports à l’architecture, aux images, aux objets de notre quotidien sur notre manière d’appréhender et de construire notre cadre de vie.
Le processus s'est amorcé, dans le temps, avec l'envie d'aller à la rencontre de passants pour leur poser des questions sur leurs points de vue, concrets ou fantasmés à leur environnement et de récolter cette parole. En parcourant les rues, les magasins, les bars, les parcs, la campagne, le bord de mer, est née une expérience de colporteur. À partir de ces actions, de ces moments d’écoute s’est élaborée une matière-mémoire, un prisme susceptible d’être réactivité à travers le désir de porter à d’autres ces fragments d’identité, sorte de manteau d’arlequin pour dire le monde ou du moins éveiller notre curiosité.
Mon désir est de proposer une exposition vivante performative. Un Parcours paysagé, à l’allure d’une visite guidée, cet espace est comme un catalyseur, une boîte noire de tout ce qui peut être entrepris à l’extérieur dans les différentes résidences. Ce lieu se transforme dans sa mise en jeu en un espace-mémoire éphémère, un espace d’imprégnation sensible, aux frontières d’une utopie.
Cette installation chorégraphique, sorte architecture modulable aux sphères sociales multiples, propose un jalonnement de mini scénarii, composé de tous ces fragments identitaires, tels les témoignages récoltés, les flux sonores, des photographies polaroïd prisent par les témoins, des objets et des vêtements faisant référence à notre quotidien. La présence de la lumière est en perpétuel mouvement comme un repère temporel, inspiré directement de ces moments d’ensoleillement, de ciels couverts ou de tempête…
En partant de ces matières concrètes, cela permet d’élaborer plusieurs partitions pour développer des corps métaphoriques (des phasmes). Ainsi dans la subjectivité des actions, se proposent des constructions de territoires, des paysages avec différentes strates de lecture. Au fur et à mesure, dans la mise en œuvre de cet espace commun comme une aire de jeu, lieu de jonction possible entre les publics et les trois performeurs (un danseur, un plasticien, un créateur sonore), s’arbore une cartographie imaginaire singulière ou commune investie par tous.